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L’assurance climatique dans le secteur agricole en Afrique de l’Ouest Print E-mail
Dans son n°18 (du 23 septembre au 22 octobre 2009), le magazine en ligne ‘‘Sahel-Sciences’’, mensuel d’informations scientifiques réalisé et diffusé sur le net par l’Institut d’Application et de Vulgarisation en Sciences (IAVS), dirigé par Dr. Mathieu Badolo, a présenté un article, que nous reproduisons ci-dessous, sur un séminaire régional de formation sur l’assurance climatique.

L’Institut d’Application et de Vulgarisation en Sciences (IAVS) a organisé, du 24 au 28 août 2009, à Ouagadougou, un séminaire régional de formation d’acteurs pluridisciplinaires sur le processus de mise en œuvre de l’assurance climatique pour la gestion des risques liés au climat et à ses changements dans le secteur de l’agriculture en Afrique de l’Ouest.

Les changements climatiques sont une réalité et il faut y faire face. Le secteur agricole étant de plus en plus menacé par les risques climatiques, des mesures d’adaptation s’imposent. Dans cette perspective, les assurances climatiques pour le secteur agricole est un mécanisme à entrevoir. Selon le Dr. Mathieu Badolo, directeur de l’IAVS, «les assurances climatiques pour le secteur agricole peuvent être schématiquement définies comme des mécanismes ou des instruments qui peuvent être utilisés par un exploitant agricole pour transférer les risques liés au climat pour son exploitation vers le marché de l’assurance».

La formation s’est axée sur deux volets : une introduction générale aux changements climatiques et à leurs implications; le processus d’élaboration et de mise en œuvre d’une solution d’assurance climatique basée sur un indice pour le secteur de l’agriculture dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest.

Les participants, venus du Burkina Faso, du Mali et de la Mauritanie, étaient constitués d’agriculteurs, d’agents d’assurance, de la météorologie, du ministère de l’Agriculture et d’ONG internationales. Pour ces participants, les risques les plus significatifs que pose le climat pour le secteur agricole sont les sècheresses (déficit global et épisodes de sècheresse), les cas d’inondations, les parasites ou les invasions acridiennes, la perturbation des cycles saisonniers, les vents violents et la hausse de la température.

Les incidences directes ou indirectes de ces risques climatiques identifiés sur le secteur agricole, le monde rural et les prestataires de service au monde agricole sont, pour le secteur agricole : la baisse de la production, l’abandon des périmètres agricoles, l’appauvrissement des sols, le renchérissement des coûts de production; pour le monde rural : l’insécurité alimentaire, l’exode rural, l’augmentation de la pauvreté, les migrations, l’exacerbation des conflits sociaux liés au problème de la disponibilité des ressources naturelles, la pression exercée sur les ressources naturelles, l’apparition des maladies liées au stress hydrique, la concentration des prédateurs sur les zones irriguées, la perte des récoltes avec ses corollaires et la perte de l’habitat; pour les prestataires de services au monde rural : les dépenses imprévues pour l’Etat, la perturbation des programmes de développement et de l’équilibre social, les problèmes de gouvernance ; et pour le secteur privé : la faillite des entreprises, la restriction des ressources, les surprimes ou les surcoûts des services, la  restructuration.

L’assurance climatique est une option de gestion des chocs climatiques parmi tant d’autres. Elle peut être définie comme un mécanisme permettant de transférer un risque spécifique vers le marché des assurances. Elle se distingue de l’assurance classique par les fondements de l’indemnisation.

En effet, l’indemnisation de l’assurance classique se fonde sur l’évaluation des dommages subis par la personne assurée. L’assurance climatique se fonde par contre sur un indice convenu entre les parties contractantes. Dès lors que l’indice déclencheur de l’indemnisation est constaté, l’indemnisation s’impose, sans évaluation préalable des dommages subis.
En sus, l’assurance climatique basée sur un indice rend la présence d’une tierce personne obligatoire notamment les services de la météorologie. En cas de conflits, les données météorologiques de la station de référence choisie par les parties sont consultées pour départager les contractants.

L’assurance climatique basée sur un indice est une solution d’assurance spécifique : elle est élaborée pour une variété culturale donnée et pour un risque climatique donné.
Pour le représentant du Directeur des Assurances [du Burkina Faso] «ce séminaire de formation a permis aux chercheurs, aux experts et aux acteurs de l’assurance et de la finance de faire un diagnostic des défis et opportunités des changements climatiques pour le secteur agricole». Il a relevé le besoin de concevoir un modèle et un marché de l’assurance climatique en phase avec nos réalités, et pouvant être compétitif et pertinent dans le contexte des changements climatiques et de la mondialisation.

Somme toute, l’assurance climatique basée sur un indice présente beaucoup d’avantages qui sont l’objectivité et le paiement immédiat, la réduction des risques moraux, la baisse des coûts administratifs et des coûts de transactions, la base étendue de clients (agriculteurs, banques, fournisseurs des intrants, décideurs locaux) et la baisse des risques pour les institutions qui investissent dans le secteur agricole.

L’Etat supporte beaucoup de charges dans les cas de calamités naturelles dues aux changements climatiques. Il doit alors jouer un rôle régalien sur le marché de l’assurance climatique et mettre en place un cadre juridique et institutionnel pour stimuler le marché de l’assurance climatique.
Selon le Dr. M. Badolo, directeur de l’IAVS, l’information et la sensibilisation sont très importantes dans la mise en œuvre de l’assurance climatique. Pour implanter celle-ci au Burkina Faso, un projet pilote sera conduit par AGF Burkina en 2010 pour expérimenter cette nouvelle opportunité tant pour les assurances que pour les producteurs agricoles.

L’assurance climatique existe déjà au Malawi, en Afrique du Sud, en Ethiopie et dans plusieurs autres pays. Au Mali et au Sénégal, elle est en phase d’élaboration.

Le Burkina Faso, qui a connu récemment des inondations, notamment dans sa capitale Ouagadougou,  peut mesurer l’ampleur des risques liés au climat afin d’orienter convenablement ses actions d’adaptation. De ce fait, l’assurance climatique se veut une mesure capitale à prendre en compte.

Noël-Pierre W. Scian
Lien : http://iavs.6mablog.com
     
     
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