La sécheresse, un phénomène universel, aux dimensions multiples

Alors que les terres du globe subissent les assauts d’un climat de plus en plus erratique, le sommet Désertif'actions à Djerba a consacré une réflexion profonde à l’une des menaces les plus insidieuses de notre temps. La session introductive, modérée par Mme Khaoula Jaoui, Directrice du Département Climat à l’Observatoire du Sahara et du Sahel, a transcendé le simple constat d'urgence pour dessiner les contours d'une nouvelle doctrine de l'action.

Le premier grand enseignement de cette rencontre réside dans la fin d'un mythe : celui d'une sécheresse qui ne frapperait que les seules zones arides. En convoquant les projections du GIEC et de la FAO, Mme Nora Ben Berrahmouni a rappelé l'universalité d'un fléau qui a touché un record de 98 % des terres mondiales en 2023. Cette réalité impose désormais de regarder la sécheresse comme une crise triple, météorologique, agricole et hydrologique, dont l'onde de choc frappe l'agriculture à hauteur de 80 % des pertes économiques globales.

Face à ce diagnostic, une intelligence collective du terrain a émergé des échanges. Qu’il s’agisse de la mobilité pastorale au Niger, défendue par M. Harouna Abarchi comme une stratégie scientifique de préservation, ou des prouesses d'efficience hydrique portées en Tunisie par M. Mohamed Sahbi Mahjoub, le message est clair : les solutions existent et l'irrigation fractionnée permet déjà d'économiser 40 % d'eau. Cette résilience est épaulée par la recherche, notamment la Pr Dorothy A. Amwata, qui voit dans le numérique et l’IA des leviers vitaux pour l’anticipation. Pourtant, comme l’ont souligné M. Jean-Luc Chotte, M. Barnabé Kaboré et M. Harouna Mahaman Inoussa, nous faisons face à un "paradoxe de gouvernance" : une science prolifique mais une action politique souvent fragmentée et dépendante de financements éphémères. Enfin, la sociologue Mme Awatef Mabrouk a rappelé que sans l'inclusion des femmes, gardiennes de ces terres, toute adaptation resterait incomplète.

De cette confrontation d'expertises, des résultats stratégiques majeurs ont émergé pour refonder l'action publique :

•    La consécration du « Proagir » : Le résultat le plus déterminant de la session est l'impératif de passer d'une gestion réactive des crises à une culture de l'anticipation. Puisque l’aléa est par nature incontrôlable, la priorité absolue est désormais la réduction de la vulnérabilité des systèmes avant que la crise ne survienne.
•    La validation des solutions de terrain par la preuve : Les pratiques locales (pastoralisme, innovations agricoles économes) ne sont pas des palliatifs, mais des stratégies d'adaptation robustes. Leur succès démontre que l'adaptation doit être co-construite avec les usagers pour être durable et efficace. En effet, la résilience est déjà à l’œuvre, mais les solutions endogènes surpassent souvent les prescriptions descendantes.
•    L'alliance du capital naturel et du numérique : Un résultat clé réside dans la synergie entre savoirs ancestraux et technologies de pointe. L'IA et la surveillance satellitaire sont les piliers indispensables pour transformer la surveillance passive en systèmes d'alerte précoce opérationnels.
•    L'inclusion comme gage de pérennité : La résilience ne peut être pérenne sans intégrer les femmes au cœur des processus décisionnels. Parallèlement, il est crucial de sortir de la « logique de projet » pour bâtir des mécanismes de financement autonomes et permanents.

En refermant cette session, Mme Jaoui a rappelé que la CoP17 de la Mongolie doit être le théâtre d'un engagement contraignant. Le temps des expérimentations isolées doit céder la place à une norme mondiale de gestion proactive. Car si la sécheresse est un risque, la résilience est un choix que nous ne pouvons plus différer.