Des terres vivantes pour un avenir partagé

17 juin 2026

Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse, placée cette année sous le thème : « Parcours pastoraux : reconnaître, respecter et restaurer ».

Nabil Ben Khatra

Ce thème nous rappelle que les parcours pastoraux ne sont pas seulement des espaces de pâturage. Ce sont des terres de vie, de production,   de  culture et de transmission, où l’on apprend depuis des générations à composer avec la rareté de l’eau, la fragilité des sols, l’incertitude des   saisons et la nécessité de préserver ce qui permet de vivre.

Depuis des millénaires, les communautés pastorales ont développé des savoir-faire et des pratiques ancestrales adaptés à des environnements   fragiles et contraignants. Elles ont appris à faire face au dérèglement climatique et à préserver les écosystèmes dont dépendent leurs moyens de   subsistance. Aujourd'hui, alors que ce dérèglement s'intensifie et que les pressions sur les ressources naturelles augmentent, il est de notre   devoir  d'accorder à ces territoires et à ces savoir-faire la reconnaissance et l'attention qu'ils méritent.

 Reconnaître les parcours pastoraux, c'est valoriser leur contribution à la sécurité alimentaire, à l'économie locale, à la conservation de la biodiversité et au maintien des équilibres écologiques. Les respecter, c'est honorer les femmes et les hommes qui les entretiennent et protègent au quotidien. Les restaurer, c'est investir dans l'avenir, renforcer la résilience des territoires et créer les conditions d'un développement durable, inclusif et équitable.

Pour l'Afrique, cet enjeu revêt une importance capitale. Dans de nombreuses zones arides et semi-arides, les parcours pastoraux constituent le principal capital naturel des communautés. Leur dégradation fragilise les écosystèmes et menace les équilibres sociaux, économiques et territoriaux dont dépendent des millions de personnes.

Cette réalité nous rappelle le lien indissociable entre les terres et l'eau. Des parcours en bonne santé préservent les sols, favorisent l'infiltration des eaux, limitent l'érosion et renforcent la résilience des bassins versants. À l'inverse, la dégradation des terres aggrave la vulnérabilité face à la sécheresse et réduit la capacité des territoires à absorber les chocs climatiques.

C'est pourquoi l'Observatoire du Sahara et du Sahel poursuit son action en faveur de la production de connaissances, du suivi environnemental et de l'accompagnement des politiques de gestion durable des terres et de l'eau. Les décisions éclairées exigent des données fiables, une coopération renforcée et une vision partagée de l'avenir.

Dans son rôle de Président du Réseau Africain des Organismes de Bassin (RAOB), l’OSS porte la conviction que la gestion durable et intégrée de l’eau et la restauration des terres doivent être pensées conjointement. Les défis auxquels nous sommes confrontés ignorent les frontières. Nos réponses doivent être intégrées, solidaires et tournées vers l’avenir.

C'est dans cet esprit que l'Observatoire a coorganisé, aux côtés de l’UNCCD et du CARI, en mars dernier à Djerba, la sixième édition du Sommet Désertif'actions, qui a réuni plus de 350 acteurs venus de plus de cinquante pays, chercheurs, représentants de la société civile, institutions et décideurs. Les travaux y ont permis de formuler des messages et des recommandations concrètes pour orienter les politiques publiques et les négociations internationales. L’OSS portera ces messages et ces recommandations à la COP17 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, en Mongolie, afin d'y faire entendre une voix africaine engagée et structurée, nourrie de l'expérience du terrain.

À l’occasion de cette Journée mondiale, l’Observatoire du Sahara et du Sahel renouvelle son engagement en faveur de territoires vivants, résilients et productifs. Il réaffirme sa volonté de reconnaître la valeur des parcours pastoraux, de soutenir les communautés qui en dépendent et de contribuer à la restauration d’un patrimoine naturel aussi précieux qu’irremplaçable car préserver les parcours pastoraux, c’est préserver une part essentielle de notre avenir commun.