Mise en œuvre des protocoles de Nagoya et de Cartagena en Tunisie.

Du 27 au 29 avril 2026, la ville de Sfax a accueilli une série d'ateliers consacrés au renforcement de la gouvernance nationale de la biodiversité. Ces rencontres s'inscrivaient dans le cadre de la mise en œuvre de deux instruments juridiques fondamentaux de la Convention sur la diversité biologique : le Protocole de Nagoya relatif à l'accès aux ressources génétiques et au partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation (APA), ainsi que le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques. Organisées selon une approche cohérente et progressive, ces rencontres ont permis de conjuguer renforcement des capacités, concertation nationale et production de connaissances, contribuant ainsi à la mise en œuvre des engagements de la Tunisie en matière de biodiversité.

La mise en œuvre de ces protocoles est placée sous la responsabilité du Ministère de l’Environnement, à travers la Direction Générale de l’Environnement et de la Qualité de la Vie, en sa qualité de structure focale nationale des deux protocoles.  Cette initiative bénéficie de l'appui technique de l'Observatoire du Sahara et du Sahel, ainsi que du soutien financier du Fonds pour l'Environnement Mondial et du Programme des Nations Unies pour l'Environnement..

Elle repose sur une approche résolument participative et interinstitutionnelle, mobilisant un large éventail d’acteurs issus des administrations publiques, des institutions de recherche, des universités, des organismes techniques, du secteur privé et de la société civile.

Ancrés dans le prolongement de la Convention sur la diversité biologique, ces deux protocoles répondent à des enjeux distincts mais profondément complémentaires : la gestion des risques liés aux Organismes Vivants Modifiés (OVM) d’un côté, et l’encadrement de l’accès aux ressources génétiques ainsi que le partage juste et équitable des avantages qui en découlent de l’autre. Leur mise en œuvre poursuit un triple objectif : protéger la biodiversité, prévenir les risques potentiels pour la santé humaine, et promouvoir une utilisation durable et équitable des ressources naturelles, dans le respect des droits souverains des États et des droits des communautés locales.

Dans ce contexte, la Tunisie s’est engagée dans un double processus de rapportage, portant à la fois sur l’élaboration de son cinquième rapport national sur la biosécurité, conformément à l’article 33 du Protocole de Cartagena, et sur la préparation de son premier rapport national relatif au Protocole de Nagoya, en application de son article 29. Ces exercices, au-delà de leur dimension technique, constituent de véritables leviers de structuration des politiques nationales, en permettant de dresser un état des lieux, d’identifier les lacunes et de définir des priorités d’action adaptées aux réalités nationales.

Le troisième atelier régional consacré au Protocole de Nagoya, organisé pour la région Sud de la Tunisie s’inscrit dans la continuité d’un processus progressif comprenant une réunion nationale et deux ateliers régionaux tenus dans les régions du Nord et du Centre. Il a constitué une étape majeure dans ce dispositif de concertation et de renforcement des capacités. Conçu comme un espace d’apprentissage et d’échange, cet atelier a permis de renforcer les capacités des participants représentant les gouvernorats du Sud sur les principes de l’accès aux ressources génétiques et du partage des avantages (APA), tout en recueillant des données et des contributions concrètes issues du terrain. À travers des sessions de formation, des exercices pratiques et des travaux de groupe, les participants ont exploré les fondements du régime international de l’APA, les mécanismes de négociation ainsi que les outils de mise en œuvre. Ils ont également formulé des recommandations en vue de l’élaboration d’un cadre réglementaire national adapté.

Dans cette dynamique, l’atelier national dédié au Protocole de Cartagena est venu consolider les acquis en se focalisant sur l’enrichissement du cinquième rapport national sur la biosécurité, notamment dans la partie qui concerne les OVM. S’appuyant sur un travail préalable de collecte et d’analyse des données, cette rencontre a permis d’engager une réflexion collective autour du projet de rapport, élaboré par les services compétents du Ministère de l’Environnement et publié sur la plateforme du Biosafety Clearing-House, afin d’en améliorer la qualité, la cohérence et la pertinence. Les travaux ont facilité une analyse approfondie des dimensions réglementaires, institutionnelles et techniques liées à la gestion des organismes vivants modifiés.

Au cœur de ces deux ateliers, la dimension collaborative a joué un rôle déterminant. Les échanges entre participants ont favorisé une meilleure compréhension des enjeux, une mise en commun des expériences et une appropriation collective des processus. Cette dynamique a permis non seulement de produire des contributions techniques solides, mais également de renforcer les liens entre les acteurs et de consolider un réseau national engagé autour des questions de biosécurité et d’accès aux ressources génétiques.

Au-delà des produits attendus, notamment l’enrichissement des rapports nationaux et la collecte de données pertinentes, ces rencontres ont contribué à renforcer durablement les capacités nationales en matière de rapportage, à améliorer la coordination interinstitutionnelle et à poser les bases d’une gouvernance plus intégrée et inclusive de la biodiversité en Tunisie. Elles s’inscrivent également dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie et Plan d’Action national pour la Biodiversité, notamment les cibles nationales 13 et 17 liées aux dispositions du Protocole de Nagoya et du Protocole de Cartagena en matière d’accès aux ressources génétiques, de partage juste et équitable des avantages et de prévention des risques biotechnologiques.

Enfin, une visite du Centre de Biotechnologie de Sfax, organisée en marge de l’atelier consacré à la biosécurité, a offert aux participants une immersion complète dans les réalités scientifiques et techniques liées à ces thématiques, permettant ainsi d’ancrer les discussions dans des pratiques et des initiatives existantes. À travers cette articulation entre réflexion stratégique, renforcement des capacités et ancrage dans les réalités du terrain, les ateliers de Sfax illustrent une volonté affirmée de faire de la participation et de la concertation les piliers d’une action environnementale efficace et durable.