Alors que deux semaines de discussions sur le climat se sont achevées sans réelles avancées, il reste désormais peu de temps pour arriver à un accord à Copenhague. En effet, le chemin semble encore bien long et fastidieux pour espérer réduire le fossé qui sépare encore les pays du Nord et ceux du Sud sur la démarche à prendre. Un seul impératif cependant s’impose à toutes les parties: ne pas bloquer définitivement les voies de la négociation avant décembre.
Front commun des Etats africains L’Afrique, continent le plus vulnérable au réchauffement climatique mondial, a exigé, dimanche 11 octobre 2009, des «réparations et dédommagements», deux mois avant le sommet sur le climat de Copenhague, demandant que les pays industrialisés pollueurs soient les payeurs. Ces «exigences» du continent le moins pollueur mais le plus pauvre du monde interviennent au moment où les négociations internationales sont très laborieuses, voire «dangereusement proches d’une impasse», comme l’a affirmé le président de la Commission européenne (CE), José Manuel Barroso.

«Pour la première fois, l’Afrique aura une position commune» au sommet de Copenhague, s’est félicité le président de la Commission de l’Union africaine (UA)
Jean Ping lors de la 7e édition du ‘‘Forum mondial pour le développement durable consacré aux changements climatiques’’, à Ouagadougou, au Burkina Faso. «On a décidé de parler d’une seule et même voix» et d’«des réparations et des dédommagements», a-t-il ajouté, sans toutefois avancer de montant.
Le président du comité d’organisation du Forum, le ministre burkinabè de l’Environnement Salifou Sawadogo, avait estimé, le 9 octobre 2009, dans une déclaration à l’AFP, à 65 milliards de dollars (44 milliards d’euros) les financements nécessaires pour que le continent puisse faire face aux dérèglements du climat. «Les responsables doivent s’engager à réduire leur émission de gaz à effet de serre et à répondre aux principes du “pollueur-payeur”», a assuré M. Ping, préconisant la mise en place de «nouveaux fonds internationaux pour soutenir les pays pauvres». Il a pris l’exemple de l’Etat du Texas (Etats-Unis) qui, «avec trente millions d’habitants relâche à lui seul autant de CO2 que le milliard d’Africains réunis».
Tout en soulignant la «responsabilité historique des pays développés», M. Ping a indiqué que les pays africains «se proposent d’intégrer le changement climatique dans le développement économique», sans toutefois avancer des engagements fermes et initiatives concrètes.
Marginalisée dans l’économie mondiale, l’Afrique l’est également sur le marché carbone, qui consiste à financer une action «verte» dans un pays du Sud pour «racheter» une pollution au Nord.
Selon le responsable de l’UA, sur 1 600 projets dans le monde, seuls 30 sont africains, dont 15 en Afrique du Sud, première puissance économique du continent.

Comme l’a souligné le président burkinabè,
Blaise Compaoré, «les difficultés majeures à surmonter sont celles liées à l’inexistence de mécanismes efficaces de financement et de transfert». Il envisage donc «dès 2010» de convoquer des «assises financières africaines» à ce sujet.
L’ex-président français Jacques Chirac s’est «résolument» prononcé «contre l’idée d’une compensation globale où l’Afrique serait dédommagée pour ne plus toucher à ses forêts, pour geler sa consommation d’énergie et renoncer à son industrialisation».
Six présidents africains (Bénin, Burkina Faso, Centrafrique, Congo, Mali et Togo), ont assisté au forum, la dernière réunion continentale au niveau des chefs d’Etats avant le sommet de Copenhague. Une quinzaine avait été initialement annoncée.
«La seule position commune de l’Afrique, c’est de demander de l’argent au Nord», estime un peu amer un expert occidental sous couvert de l’anonymat. Mais, avant d’ouvrir les mannes financières en pleine crise économique mondiale, «le Nord leur répond: “montrez-nous d’abord vos projets”».
Paris veut une aide pour l’Afrique La France plaide au sein de l’Union européenne (UE) pour «un renforcement significatif de la contribution financière» aux pays africains, pour les aider à s’adapter aux changements climatiques, a déclaré le 12 octobre le Quai d’Orsay, sans se prononcer sur leur demande de dédommagements. «Notre pays plaide au sein de l’UE pour un renforcement significatif de la contribution financière aux pays du Sud pour les aider à s’adapter au changement climatique sur la base de projets identifiés, dans le cadre de stratégies d’adaptation et des plans de développement ‘‘bas carbone’’ que tous les pays doivent mettre en œuvre», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valéro, lors d’un point presse.
A Ouagadougou, le 11 octobre, lors du ‘‘Forum mondial pour le développement durable consacré aux changements climatiques’’, les pays africains ont exigé des «réparations et dédommagements», deux mois avant le sommet de Copenhague, demandant que les pays industrialisés «pollueurs» soient les «payeurs».
Le ministre burkinabè de l’Environnement Salifou Sawadogo a estimé à 65 milliards de dollars (44 milliards d’euros) les financements nécessaires pour que le continent puisse faire face aux dérèglements du climat.
Interrogé sur la justification de ces revendications et le risque d’accroître les difficultés pour un accord en décembre, M. Valéro a souligné que la France «faisait le pari qu’il est possible d’obtenir à Copenhague un accord sur la base d’une solidarité Nord-Sud renforcée».
«La pauvreté énergétique et l’adaptation au changement climatique» doivent être un axe «prioritaire» dans la politique de coopération européenne, a rappelé M. Valéro. «Dans la négociation de type Nord/Sud sur le climat, il est primordial que les pays industrialisés soutiennent les plus vulnérables dans leurs choix de développement durable», a-t-il ajouté.
Lula pour un bloc des pays du sud Le Président Brésilien a lancé, pour sa part, un appel aux pays d’Afrique et d’Amérique du Sud pour qu’ils restent fermes sur les enjeux du sommet de Copenhague. Lula, dont le pays est le 4ème pays émetteur de gaz à effet de serre, a également annoncé qu’il voulait réduire de 80% la déforestation de l’Amazonie d’ici 2020.
C’est dans le cadre du 2ème sommet Afrique-Amérique du Sud que le Président brésilien, Ignacio Lula da Silva, s’est exprimé en prévision de Copenhague. Le mandataire brésilien a fait passer un message clair et direct. Il n’est pas question pour lui que les pays du sud pensent à échanger la stabilité de la planète pour un peu d’argent. Lula est même allé plus loin dans sa mise en garde en appelant à une «position ferme» de la part du continent sud-américain et du continent africain. Il s’agit pour lui de convaincre le nord industrialisé qu’il lui faut de toute façon assumer ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Lula indique même une voie pour atteindre cet objectif vital : les nouvelles technologies et la réduction de la consommation.
La réunion des chefs d’Etats était de toute façon très engagée puisque la présidente argentine, Cristina Fernandez a, de son côté, critiqué à nouveau les Etats-Unis : «signataire d’un accord (Kyoto, NDLR) qu’ils n’ont jamais appliqué.» «Ce sont les pays en développement qui en ont payé les conséquences» a-t-elle ajouté. Hugo Chavez, le représentant vénézuélien, a sorti quant à lui une expression dont il a le secret : «Ils veulent continuer à nous vendre de la pacotille contre nos mines d’or» a-t-il déclaré en se référant, lui aussi de manière très critique, au système des permis «qui servira toujours aux mêmes».
L’idée d’un bloc des pays du sud est donc apparue. Un front uni qui semble avoir recueilli les suffrages des leaders latino-américains présents. Hugo Chavez, enchanté par l’idée d’exhorter les pays africains à avancer dans cette même voie.
Le clivage Nord-Sud 
Dimanche 18 octobre, d’autres discussions ont débuté, réunissant cette fois-ci les grandes économies mondiales, sous l’égide de Barack Obama. C’est la cinquième fois que les membres du «forum des économies majeures sur l’énergie et le climat»se réunissent depuis sa création en mars 2009. On y compte notamment le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Inde, l’Allemagne, le Japon, les États-Unis, la Russie et le Brésil.
Pour que cette réunion n’apparaisse pas comme une réponse à la conférence africaine, des pays en développement ont été conviés, notamment le Lesotho, les Maldives, le Bangladesh, le Costa Rica, l’Éthiopie et l’Algérie. Pour exprimer la solidarité du Nord et calmer l’inquiétude du Sud, le ministre Britannique à l’Énergie et au Réchauffement climatique, Ed Miliband, a insisté sur la responsabilité des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre : «Nous représentons environ 90 % des émissions mondiales (de CO2), donc si nous pouvons trouver un chemin pour avancer, et pour réduire certaines différences entre les (17) pays qui détiennent la part du lion de ce problème, alors cela pourrait faciliter les discussions des Nations Unies».
Alors que l’horloge tourne et que le temps continue son décompte, les pays du Sud semblent de plus en plus décidés à réclamer l’addition aux grandes puissances, à Copenhague. Ce clivage Nord-Sud très vivace risque donc de peser lourd dans la balance climatique. Ainsi, lors d’une conférence à Bangkok, la Chine, au nom du G77 (le groupe des pays en développement), à accuser les pays du Nord de vouloir «tuer» le Protocole de Kyoto. Cette attaque répondait en fait à la proposition américaine de laisser de côté cet accord.
Pour comprendre ce coup de gueule, il faut se rappeler que le Protocole de Kyoto, signé en 1997, comporte des engagements juridiquement contraignants pour les pays du Nord. Cela signifie que les pays du Sud attendent des engagements de réduction des gaz à effets de serre. Cette réclamation vise essentiellement les Etats-Unis qui refusent toujours d’avancer des arguments chiffrés.
Source : agences.