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Sur le chemin de Copenhague, l’Afrique affine ses arguments Print E-mail
En 2004, les pays riches, qui comptaient 20% des habitants de la planète et représentaient 57% du PIB mondial, étaient responsables de 46 % des émissions de gaz à effet de serre, selon le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Or, ce sont les pays pauvres qui seront les plus touchés par les perturbations climatiques. En Afrique, celles-ci auront des effets sur la croissance économique (accroissement de la pauvreté et de la famine), sur la santé des populations et seront source d’instabilité sociopolitique (migration et conflits), a indiqué Lord Nicholas Stern. En Afrique du Nord, les problèmes d’approvisionnement en eau devraient être aggravés par une désertification croissante des zones semi-arides. Dans la région de l’Ouest et du centre, les faibles rendements agricoles iront en se réduisant du fait de la sécheresse et les villes côtières seront menacées par des inondations, dont sont aussi responsables les pluies. C’est actuellement le cas, notamment au Burkina Faso, au Bénin ou encore au Togo. En Afrique australe, la sècheresse provoquera l’assèchement de certains bassins fluviaux et un changement du rythme des précipitations est attendu. A l’Est du continent, les averses augmenteront et on devrait assister à une expansion de la zone d’action des maladies à vecteurs et au déclin de la pêche dans plusieurs pays de la sous-région.

Essentiellement victimes (à l’exception de l’Afrique du Sud, le continent africain produit peu de gaz à effet de serre), les pays africains ont donc de bonnes raisons de demander réparation aux pays responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Réunis début septembre à la session extraordinaire du Forum pour le partenariat avec l’Afrique (FPA) consacrée au changement climatique à Addis Abeba, en Ethiopie, pour arrêter une position commune dans la négociation lors de la 15e Conférence des parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques prévue en décembre à Copenhague, les pays africains ont radicalisé leur position, promettant du quitter ces négociations en cas de désaccord. «Les pays africains ne soutiendraient pas aveuglément un nouvel accord sur le changement climatique qui ne prendrait pas en compte les intérêts spécifiques du continent», affirmait le 3 septembre le président éthiopien Meles Zenawi.

En l’état actuel des négociations, les pays africains suggèrent que le niveau des efforts d’atténuation des pays en développement soit fonction de l’appui financier et technologique des nations industrialisées. A l’horizon 2020, ils suggèrent que l’appui financier s’élève à 200 milliards de dollars, soit 0,5% du PIB des signataires de la Convention.

Lord Nicholas Stern, le président de l’Institut de recherche Grantham sur le changement climatique et l’environnement, a estimé, lui, le coût d’une action efficace contre le changement climatique en Afrique à 30 milliards de dollars en 2015. A l’horizon 2020, l’enveloppe devrait se situer entre 50 et 100 milliards. Pour aider efficacement les pays africains, l’aide extérieure devrait se concentrer sur la sylviculture, l’agriculture et l’énergie. «Il est crucial que les pays riches honorent non seulement leurs engagements actuels, mais aussi qu’ils trouvent des ressources additionnelles pour faire face au changement climatique des deux prochaines décennies dont sont, en majorité, à l’origine leurs émissions passées», a insisté le président de l’institut Grantham.

Les 9 et 10 octobre 2009, la session Afrique du 7ème Forum mondial du  développement durable devrait réunir les pays africains à Ouagadougou (Burkina Faso) autour des questions de changement climatique.

Le continent africain compte bien le marteler : les pays industrialisés sont les principaux responsables du changement climatique, ils doivent prendre leur responsabilité face à ses conséquences.

Dans son rapport annuel, la Banque mondiale a indiqué que les pays à revenus élevés, responsables de 64 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1850, n’en supporteront les conséquences qu’à hauteur de 20 %. Les pays en voie de développement, à l’origine de 2 % de ces émissions, en paieront les frais à hauteur de 80 %.

L’Afrique est d’ores et déjà touchée par le changement climatique, et les différents scenarii prévoient une aggravation de la situation dans les décennies à venir. Je viens d’un pays sahélien où l’on peut se rendre compte du changement du climat depuis 20 à 30 ans : les saisons sont irrégulières, les pluies deviennent capricieuses, les températures sont à la hausse, explique Beyon Adolphe Tiao, ambassadeur du Burkina Faso en France.

Le continent, qui a le plus faible taux d’émissions par habitant, subira plus que tout autre l’impact du changement climatique. Les projections montrent que d’ici 2020, dans certains pays, les rendements de l’agriculture pourraient être réduits de près de 50 %. Entre 75 et 250 millions de personnes pourraient être exposées à un stress hydrique accru. La désertification et la perte des terres agricoles menacent environ 46 % de la superficie totale du continent africain.

Selon la Banque mondiale, une augmentation de 2 degrés de la température d’ici la fin du siècle mettrait entre 100 et 400 millions de personnes supplémentaires en danger de famine, et 1 à 2 milliard d’autres pourraient ne plus trouver suffisamment d’eau pour subvenir à leurs besoins.
L’institution chiffre à 325 milliards d’euros les besoins des pays développés pour faire face au réchauffement climatique d’ici 2030, alors que seulement 5% de ce montant est disponible aujourd’hui.

Forts de ces données, les pays africains comptent bien faire peser leur voix dans les négociations de Copenhague, dont l’enjeu décisif est l’aide financière des pays les plus pauvres à se développer tout en limitant leur consommation d’énergie. Les pays du Nord portent une responsabilité sur la situation actuelle. Ils doivent en priorité agir eux-mêmes sur leurs propres modes de production et de consommation, mais ils ont également la responsabilité d’apporter un appui consistant aux pays en développement, qui seront les premiers touchés par les dérèglements climatiques, note Pierre André Wiltzer, ancien ministre et président du conseil d’administration de l’Agence française du développement (AFD).
La question du financement de l’adaptation au changement climatique constitue donc une priorité pour le continent africain. Nous souhaitons une compensation car nous subissons les choix des pays industrialisés, explique Beyon Adolphe Tiao.

L’Afrique demande également aux pays développés de fixer des objectifs ambitieux pour réduire leurs émissions d’ici à 2020.
Quel montant ?

S’ils demandent réparation, les pays africains n’ont pas encore fixé le montant exact des compensations qu’ils exigent des pays industrialisés. Il y a en Afrique un besoin évident d’outils financiers pour évaluer les problèmes qui s’y posent. Qui va décider de la compensation ? Une institution internationale où l’Afrique a une voix mineure ? s’interroge Emile Malet, délégué général du Forum mondial du développement durable. En outre, il ne faut pas limiter le débat au montant de la compensation mais réfléchir aux moyens d’adaptation. Un sentiment partagé par Brice Lalonde : certains des pays les plus pauvres sont persuadés que les pays riches veulent l’accord à tout prix. Mais si vous dites aux pays riches, «vous n’avez qu’à payer et transférer vos techniques gratuitement sans savoir comment on va dépenser l’argent», il est sûr qu’il n’y aura pas d’accord, a déclaré le négociateur français.

Plusieurs acteurs majeurs ont fait des propositions en ce sens. Le nouveau premier ministre japonais, Yukio Hatoyama, a proposé un mécanisme d’aide aux pays en voie de développement : création d’un fonds d’aide privé et public, sous l’égide des Nations unies, et transferts de technologies tout en respectant la propriété intellectuelle.

D’ici à 2020, la Commission européenne a évalué à 100 milliards d’euros par an les financements «que nous pourrions envisager pour aider les pays en développement à s’adapter», a quant à lui rappelé M. Sarkozy. Selon le scénario européen, les pays riches devraient apporter entre 32 et 73 milliards de dollars, dont une participation de l’Union européenne comprise entre 3 et 22 milliards. La proposition de l’UE prévoit que les pays en voie de développement contribuent, selon leurs possibilités, à hauteur de 20 à 40% de ce total. Le reste de la somme proviendra des marchés du carbone. La suggestion européenne a déjà provoqué des réactions côté africain. Elle a été qualifiée de «de grosse blague» par William Kojo Agyemang-Bonsu de l’Agence ghanéenne pour la protection de l’environnement, l’un des négociateurs africains, selon le site SciDev.Net. L’expert ghanéen a souligné que les Africains négociaient sur la base d’une faible responsabilité dans le réchauffement climatique et que, par conséquent, ils ne devraient pas en souffrir financièrement.

S’ils ouvrent le jeu en direction des pays en développement sur la question du financement, les Européens entendent signifier aux grands pays émergents que l’accord de Copenhague repose sur des engagements réciproques. Nicolas Sarkozy a évoqué clairement la possibilité d’une taxe carbone aux frontières sur les importations des pays qui ne seraient pas partie prenante au futur accord de Copenhague. Le chef de l’Etat français a aussi soutenu la proposition mexicaine, qui prévoit de créer un fonds alimenté par tous les pays de la planète. «Aux pays en développement et aux pays émergents, je vous le dis : les transferts financiers et les transferts de compétence technologique, nous sommes prêts à les faire. Soyez vous-mêmes au rendez-vous de la protection de la planète», a déclaré M. Sarkozy.

Les pays africains, qui ont nommé leur porte-parole aux négociations de Copenhague en la personne du Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, semblent avoir accepté  cette logique et renoncé à stigmatiser les pays du Nord, responsables du réchauffement climatique. «Le but du jeu n’est pas de trouver des coupables. Il s’agit de la survie de la planète. Pointer du doigt les uns ou les autres serait non seulement inutile mais contre-productif», a ainsi déclaré le président rwandais, Paul Kagamé. Ce dernier, seul chef d’Etat africain à participer, le 22 septembre à New York, à un sommet des Nations unies sur le réchauffement climatique, a défendu l’idée de l’extension du marché du carbone, qui pourrait selon lui atteindre mille milliards de dollars (676 milliards d’euros), pour dégager des ressources pour l’Afrique.

Sources : ‘‘Lemonde.fr’’, ‘‘Actu-environnement.com’’, ‘‘Uneca.org’’

     
     
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