Des millions de personnes sont exposées au risque de famine et de malnutrition en Afrique de l’ouest, en particulier au Niger, l’insuffisance de pluies ayant compromis les récoltes, a averti le 28 janvier à Dakar un représentant de l’office d’aide humanitaire de la Commission européenne (Echo). «Nous sommes déjà dans ce qui ressemble à une période de vulnérabilité extrême et de difficulté extrême pour les populations les plus désavantagées», a déclaré le responsable Afrique de l’Ouest d’Echo, Brian O’Neill, devant des journalistes réunis à Dakar. «Une crise alimentaire sévère» menace 2,7 millions de personnes au Niger, où il y aura un déficit d’un million de tonnes de céréales, a-t-il estimé. Cinq autres millions de personnes sont concernées par un «risque modéré» de crise alimentaire dans ce pays.
Evoquant les situations au Niger, au Tchad, dans le nord du Burkina Faso du nord et le nord du Nigeria, O’Neill a déclaré: «Les pluies irrégulières de la saison agricole 2009/2010 ont abouti à un énorme déficit dans la production alimentaire de ces pays».
Il a souligné qu’une forte mobilisation des Nations unies et du reste de la communauté internationale serait nécessaire pour venir en aide à cette région du monde, alors même que des fonds importants sont dirigés vers Haïti, à la suite du séisme du 12 janvier qui a fait au moins 170 000 morts
Cette nouvelle alerte crise alimentaire au Sahel, du moins dans sa partie centrale, avait été anticipée par les chiffres donnés par Aghrymet en décembre dernier à Bamako. L’organisation avait souligné que, si «les perspectives agricoles et pastorales sont globalement bonnes dans les pays humides et dans les zones à l’ouest du Sahel. Elles sont mauvaises, voire médiocres dans les zones du Sahel oriental. La sécheresse prolongée a réduit les récoltes et les pâturages au nord-est du Mali, dans les zones agricoles et pastorales du Niger et du Tchad ainsi qu’au Nord du Nigeria.» Près «d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde et neuf millions en meurent chaque année, dont 6 millions d’enfants», soulignait, , le 27 janvier, Marcel Mazoyer, ancien président du comité des programmes de la FAO.
L'avis des experts réunis à Bamako en décembre dernier souligne la forte disparité entre les pays côtiers le cœur du Sahel. Ainsi, la production céréalière (dernière récolte) «est en baisse au Sahel (9%) par contre en hausse dans les pays côtiers (4%).»
Au total «la production céréalière prévisionnelle 2009-2010 des pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, à l’exception du Liberia et de la Sierra Leone, est estimée à 51 millions de tonnes, un niveau de production équivalent à celui de 2008-2009. Cependant, comparée à la moyenne des cinq dernières campagnes agricoles, cette production céréalière estimée à 15,9 millions de tonnes au Sahel est en hausse de 10%. Par rapport à l’année dernière, des baisses de productions céréalières sont prévues au Tchad (34%), Niger (26%), Mauritanie (24%), Burkina Faso (10%) et Cap-Vert (8%). En revanche, des hausses seront observées au Bénin (45%), au Ghana (44%), en Gambie (18%), au Mali, au Togo (13%) et au Sénégal (7%).
Les prévisions de productions sont de 44,5 millions de tonnes pour l’igname, 53,8 millions de tonnes pour le manioc, 3,3 millions de tonnes pour le tarot, 2,1 millions de tonnes pour le niébé, 2,6 millions de tonnes pour la patate douce, 3,4 millions de tonnes pour l’arachide et 191 000 tonnes pour le sésame.
La situation pastorale est critique au Niger, au nord-est du Mali, au nord Est du Burkina Faso, au Tchad et en Mauritanie suite au déficit pluviométrique, engendrant un faible niveau de remplissage des points d’eau et une régénération médiocre des herbacées. D’ores et déjà, on observe des départs précoces en transhumance.
L'avis souligne les risques encourus par les populations les plus vulnérables : «En conclusion, les mauvaises perspectives des productions agricoles et pastorales à l’est du Sahel (Sud-est du Niger, nord du Nigéria, Tchad, nord- est du Mali et nord-est du Burkina Faso) couplées au prix élevé des céréales et à la possible détérioration des termes de l’échange bétail/céréales dans les prochains mois risquent de compromettre sérieusement la sécurité alimentaire des ménages les plus vulnérables. En particulier, pour la prochaine période de soudure qui risque de commencer plus tôt que prévu pour certains ménages. Il s’agit essentiellement des pasteurs, agropasteurs ainsi que des populations urbaines pauvres dépendantes des marchés pour satisfaire l’essentiel de leurs besoins alimentaires.»
Marcel Mazoyer rappelle les chiffres essentiels : «pour 1,3 milliard de paysans, on compte 28 millions de tracteurs, 300 millions d’animaux de trait. La plupart d’entre eux n’ont donc que des outils manuels, souvent médiocres, pour travailler.» Et peu ou pas de possibilité d’accès à des semences ou des produits phytosanitaires, ni d’infrastructures de stockage et de transport permettant la commercialisation dans de bonnes conditions vers les marchés locaux ou nationaux. Marchés sur lesquels ils sont concurrencés par des exportations subventionnées d'agricultures hyper-productives ou de productions à bas prix (brisures de riz asiatiques en Afrique par exemple).
(Source : agences)
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