Le triptyque ‘‘Atmosphère-Terre-Eau’’
Discours de M. Youba Sokona, Secrétaire exécutif de l’OSS, à l’ouverture de l’Atelier sous-régional sur la qualité de l’air en Afrique du Nord, lundi 23 novembre 2009, à l’hôtel Ramada Plaza à Tunis.
Monsieur le Ministre de l’Environnement et du Développement Durable, Madame la représentante du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Monsieur le Président de l’Union Internationale des Associations pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (IUAPPA), Monsieur le représentant du Forum Mondial sur la Pollution Atmosphérique (GAP Forum), Mesdames et Messieurs les délégués de Mauritanie, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Libye et d’Egypte, Honorables invités,
J’ai l’immense plaisir de vous souhaiter, au nom de l’Observatoire du Sahara et du Sahel, la bienvenue en Tunisie, terre accueillante et chaleureuse. Je voudrais saisir cette opportunité pour renouveler mes sentiments de gratitude à nos partenaires, en particulier le PNUE et le ministère de l’Environnement et du Développement durable de Tunisie, dont le soutien nous a permis d’organiser cet atelier pour une meilleure qualité de l’air en Afrique du Nord.
Mesdames et Messieurs, Je me réjouis de la présence d’un véritable aréopage d’experts et de chercheurs venus des pays du Maghreb, d’Egypte et du monde entier. Leur profonde connaissance des questions liées à la pollution atmosphérique et ses impacts sur la santé humaine, les écosystèmes et sur l’œuvre de développement constitue une belle opportunité à saisir en vue d’impulser la coopération régionale pour une meilleure qualité de l’air en Afrique du Nord.
Des stratégies et des outils permettant de réduire, voire de prévenir la pollution atmosphérique existent. Ces stratégies et ces outils, qui font l’objet d’une maîtrise parfaite dans certains pays, gagneraient à être étendus à toute la sous-région Afrique du Nord à travers une meilleure communication entre les experts des systèmes efficaces de partage des connaissances et des expériences.
L’importance de la coopération régionale a été mise en évidence grâce à l’expérience menée dans plusieurs régions dans le monde, notamment en Europe et en Amérique du Nord où la convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (LRTAP) a permis, durant les vingt dernières années, de réaliser des avancées palpables en matière d’amélioration de la qualité de l’air. Dans la région de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (UNECE), les émissions de soufre, par exemple, ont baissé de plus de 60 % depuis 1980.
D’autres expériences, plus récentes, ont été menées en Asie, en Amérique Latine et en Afrique sub-saharienne. Toutes montrent l’intérêt de l’action régionale et confirment la nécessité d’envisager un cadre similaire pour une action commune et concertée sur la problématique de la pollution atmosphérique en Afrique du Nord.
La pollution de l’air est un fléau meurtrier responsable de deux millions de décès par an selon les estimations de l’OMS. L’exposition aux polluants a des incidences graves sur la santé, aussi bien en milieu rural qu’urbain. Toujours selon l’OMS, plus de la moitié des maladies liées à une dégradation de la qualité de l’air sont recensés dans les pays en développement. Les cas d’infections pulmonaires, de cancers et de maladies du cœur pourraient y être réduits, de manière sensible, par une amélioration de la qualité de l’air.
En Afrique, notamment dans les pays sub-sahariens, les polluants émanant de véhicules vétustes importés d’Europe et d’Asie sont désormais reconnus comme une des premières causes de mortalité et de maladie. Des niveaux de plus en plus élevés de pollution photochimique présentent également des menaces réelles pour le secteur agricole et la sécurité alimentaire. La combustion de la biomasse, qui reste la première source d’énergie domestique dans la majorité des pays sub-sahariens, présente également des risques graves pour la santé. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables à la pollution domestique.
En Afrique du Nord, l’électrification des villes et des agglomérations rurales a permis de réduire les risques liés à la consommation énergétique. Cependant, les polluants émanant de la production d’énergie, du secteur du transport et des activités industrielles appellent à la vigilance et à la mise en place de stratégies de prévention. Les leçons tirées en Europe — où les pays industrialisés ont mis des décennies à opérationnaliser des systèmes de mesure, de suivi et de prévention efficaces – peuvent nourrir la réflexion et orienter l’action dans la rive sud de la Méditerranée. L’un des objectifs de notre atelier est précisément d’amorcer une réflexion régionale basée sur les acquis des pays et les expériences européenne et internationale.
Seuls 13 Km séparent les côtes africaines et européennes au niveau du détroit de Gibraltar. La proximité de l’Afrique du Nord et l’Europe appelle au renforcement de la coopération méditerranéenne, particulièrement en matière de lutte contre la pollution transfrontière à longue distance.
Mesdames et Messieurs, C’est une véritable plateforme de coopération et de concertation sur la qualité de l’air que le PNUE, l’OSS et le GAP Forum souhaitent voir naître en Afrique du Nord. Il faut dire que le contexte régional est très favorable à une telle entreprise. Les pays ont, en effet, une longue tradition de coopération sur les problématiques environnementales, sous la houlette de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), de la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens (CEN-SAD), la Ligue des Etats Arabes et mon organisation, l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).
La Charte Maghrébine pour la Protection de L’Environnement et le Développement Durable — ratifiée par les 5 pays de l’UMA le 11 novembre 1992 dans la capitale mauritanienne Nouakchott — appelle ses signataires à renforcer la concertation et l’action commune sur les questions relatives à la pollution transfrontière sous toutes ses formes. Depuis sa création en 1992, l’OSS a soutenu ses pays membres dans la mise en œuvre de cette charte et, d’une manière plus générale celle des accords multilatéraux sur l’environnement.
Au fil des années, l’OSS a pu catalyser une dynamique de coopération qui a abouti à de nombreux acquis en matière d’observation, de surveillance environnementale, de mise en place de systèmes d’alerte précoce et de gestion concertée des ressources partagées dans sa zone d’action qui compte 23 pays, dont les six pays d’Afrique du Nord. Outre sa maîtrise des aspects scientifiques et techniques relatives à ses domaines d’intervention, l’OSS n’a cessé de démontrer sa forte capacité de mobilisation aussi bien de l’expertise que de la volonté politique dans toute la région circum-saharienne.
La mise en place, sous les auspices de l’OSS, d’un mécanisme de concertation pour la gestion des ressources en eau transfrontalières du Système Aquifère du Sahara Septentrional — un bassin aquifère non-renouvelable partagé par l’Algérie, la Libye et la Tunisie — illustre l’efficacité de l’OSS en tant que plateforme de coopération et rend hommage à l’engagement des pays de la région à faire de l’eau saharienne un facteur de développement et d’intégration régionale. Cette expérience réussie est en passe d’être reproduite sur le bassin d’Iullemeden que partagent le Mali, le Niger et le Nigeria et dont les ramifications hydrauliques s’étendent à l’Algérie et la Mauritanie.
Fort de ses acquis, l’OSS s’engage à mettre à contribution son expertise, son savoir-faire et son expérience au profit de l’édification d’un espace nord-africain de réflexion, d’échange et d’action visant à endiguer le fléau de la pollution atmosphérique.
Le triptyque Atmosphère-Terre-Eau est au centre de la question du développement durable en Afrique, et par conséquent, au centre des préoccupations de l’OSS. La science a mis en évidence les impacts des phénomènes atmosphériques sur les écosystèmes terrestres et a permis de comprendre la nature des interactions entre les gaz responsables de la dégradation de l’air et du réchauffement planétaire.
La réduction des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et l’amélioration de la qualité de l’air devraient être poursuivie de manière intégrée. A ce titre, plusieurs études ont montré l’intérêt d’une approche intégrée Air-Climat, notamment en termes de co-bénéfices. Lors de la 31e session du GIEC, tenue à Bali du 26 au 29 octobre 2009, la Suède, la Norvège et les Pays-Bas sont montés au créneau, pour demander une meilleure prise en compte des co-bénéfices entre l’atténuation du changement climatique et l’amélioration de la qualité de l’air dans le 5e rapport d’évaluation à paraître en 2014.
Mesdames et Messieurs, L’atelier sous-régional pour la qualité de l’air en Afrique du Nord revêt une importance capitale pour les générations actuelles et futures, et pour le développement durable en Afrique du Nord. Durant ces deux jours de travaux, vous aurez à formuler des recommandations pour une conférence des ministres d’Afrique du Nord qui aura lieu début 2010. Ces recommandations permettront d’éclairer les décideurs dans la formulation de politiques régionales adéquates dans un domaine aussi complexe que la pollution atmosphérique.
Aussi, je vous invite à examiner les thèmes inscrits au programme avec toute l’attention et la rigueur qu’ils requièrent pour que les résultats de l’atelier soient à la hauteur des attentes. Pour ma part, je n’ai aucun doute sur le sérieux et la compétence dont vous êtes reconnus, ni sur la qualité et la pertinence des recommandations que vous formulerez à l’endroit de la conférence ministérielle.
Avant de terminer mes propos, je voudrais réitérer ma gratitude aux partenaires qui ont soutenu, et continuent de soutenir, nos efforts visant à ancrer la bonne gouvernance environnementale et à soutenir le développement durable en Afrique du Nord et au Sahel. Sur ce, mesdames et messieurs, je vous remercie de votre aimable attention et souhaite plein succès à nos travaux.
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