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Copenhague enterrera-t-il Kyoto ? Print E-mail
‘‘Le Quotidien’’ de Tunis (10 novembre 2009)
Défenseurs de la nature, politiques, experts et industriels du monde sont prêts à coopérer au Sommet de Copenhague. Le terrain paraît partout «déblayé» pour négocier les semences d’un commun accord ! ...

Avant la tenue du Sommet de Copenhague (du 7 au 18 décembre 2009), les rencontres régionales se multiplient et les débats s’intensifient à tous les niveaux. Tout autour des technologies vertes et de la croissance économique. Que feront les écologistes face aux comportements des pollueurs de la planète ? Qu’a proposé le Caire lors de la réunion du Réseau arabe pour l’Environnement et le Développement (RAED) sur le comportement de la population civile face aux changements climatiques (31 octobre au 4 novembre)? Qu’a dit le rapport de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) de Tunis les 15 et 16 octobre dernier au sortir de la 10e réunion du Comité d’orientation stratégique (COS) ?... Et qu’attend le monde du Sommet de Copenhague après le protocole de Kyoto (février 2005) ? La planète, on le sait, est en danger. Ses hommes aussi. Et à l’horizon, une grappe de lueurs dessinant le consensus de la protection de la nature qui accélérera l’adoption d’une politique environnementale. Les fondations régionales font là-dessus un travail colossal. Tristement à l’appui : des études, des statistiques et des documentaires. A Copenhague, on ambitionne d’approfondir une pile d’engagements du protocole de Kyoto restés en veille. Comme la gestion des risques, des déchets, l’épuisement des ressources…, la réduction de l’émission des gaz, l’adoption des systèmes naturels, solaires, éoliens… Pourvu que les résolutions de Copenhague n’aillent pas à la poubelle ou dans des oreilles de sourds.

L’avenir du circum-Sahara en débat à Tunis
Au menu de la rencontre de Tunis d’octobre dernier : la préparation de la Stratégie 2020 de cette organisation qui regroupe 22 pays de l’espace du circum-Sahara, ceux de l’Afrique sahélienne et du nord du Sahara, dont la Tunisie. La réunion, présidée par M. Habib Ben Yahia, secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et président en exercice du COS, a été une occasion pour les experts universitaires et responsables institutionnels présents de réfléchir sur les moyens de relancer les activités de l’organisation dans la lutte contre la désertification, la préservation des ressources naturelles et l’adaptation aux changements climatiques dans la région. En marge de la réunion du COS, Le Quotidien s’est entretenu avec deux membres de cet organe consultatif dont la mission est d’apporter un appui stratégique aux orientations et aux programmes d’action de l’OSS. Il s’agit de MM. Hama Arba Diallo, ex-secrétaire exécutif de la Convention des Nations-Unies pour la lutte contre la désertification (UNCCD), député à l’assemblée nationale du Burkina Faso, et Michel A. Bouchard, professeur associé à l’Ecole polytechnique de Montréal. Tous deux de grands amis et connaisseurs de la Tunisie.

Observatoire du Sahel et du Sahara
Créé en 1992 à Paris, avec le soutien des pays du G7, l’OSS est un cadre de partenariat Nord-Sud-Sud pour la mobilisation et le renforcement des capacités des pays du circum-Sahara en matière de préservation des ressources naturelles, de développement durable et de réduction de la pauvreté. L’organisation a transféré son siège à Tunis en vertu d’un accord entre la Tunisie et l’Unesco, signé en 1999 et ratifié par la Tunisie en 2000. Elle a été dirigée par le Tunisien Chedly Fezzani jusqu’en 2004. Son secrétaire exécutif actuel est le Malien Youba Sokona.

Arba Hama Diallo : «Le modèle tunisien dans le Continent»
«La Tunisie a consacré beaucoup de ses ressources et talents au service de la lutte contre la désertification et la dégradation des sols. Elle a été aussi parmi les initiateurs de la 1ère conférence de l’UNCCD en 1977, qui a essayé de promouvoir des programmes nationaux dans ce domaine. Seulement, les pays n’ont pas consacré beaucoup de moyens et d’efforts. Conséquence : la situation s’est dégradée pendant les années 1990, alors que les impacts des changements climatiques se profilaient à l’horizon (sécheresses, inondations…). Et accéléraient le phénomène de la dégradation des sols. A la Conférence de Rio de 1992, deux nouvelles conventions ont vu le jour : celle des Nations-Unies sur les changements climatiques (UNCCC) et celle des Nations-Unies sur la Biodiversité (UNCCB). Celles-ci ont eu accès, dès le départ, aux ressources du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), créé en 1991, mais pas l’UNCCD. Il a fallu attendre la Conférence de Johannesburg, en 2002, pour voir enfin les Etats impliqués dans la lutte contre la désertification obtenir l’accès aux ressources du FEM, qui sont très limitées. Pour mener leurs programmes, nos pays doivent apporter des ressources supplémentaires. C’est sur cette difficulté qu’ils butent. Les pays occidentaux, principaux bailleurs de fonds, considèrent qu’ils ont des responsabilités en matière de changement climatique, mais pas dans la désertification. Mais la science montre qu’il y a un lien entre les deux. Sur un autre plan, nos pays sont en train de s’adapter au changement climatique, alors que les négociations pour la compensation n’ont pas encore abouti. A l’OSS, on a fait des efforts pour lutter contre la désertification, veiller à ce que les terres arables soient disponibles pour produire des aliments pour la population. En 2003, aucun pays africain n’a consacré plus de 10% de son budget de fonctionnement à l’agriculture. Une dizaine de pays ont atteint 5 %. Mais la crise alimentaire de 2008 a montré la nécessité d’augmenter les investissements dans l’agriculture et d’utiliser davantage les engrais et les machines. L’Union européenne (UE) consacre 40% de son budget à l’agriculture. Il faut s’en inspirer. Aujourd’hui, tout le monde dit qu’il faut aider les pays en développement à s’adapter aux changements climatiques pour l’amélioration des sols et la maîtrise de l’eau, et notamment l’irrigation, domaine où la Tunisie excelle».

        Michel A. Bouchard : « Pour une gestion africaine concertée des ressources et… des catastrophes »
        Que peut faire l’OSS dans la région et dans le monde pour asseoir une politique environnementale ?
Pour l’Afrique, l’OSS est un organisme intéressant, car il regroupe une très grande variété de pays dotés de grands systèmes éco-physiographiques. L’Observatoire est le seul organisme au monde qui regroupe un grand nombre de pays confrontés à des problèmes environnementaux assez similaires. Si l’OSS avait une voix dans les débats internationaux sur l’environnement, c’est toute l’Afrique qui ferait face de manière plus concertée à ses problèmes les plus urgents : canicules, inondations, pénuries alimentaires… L’OSS aide ses pays membres à gérer leurs ressources en eau souterraine transfrontalières de manière concertée et efficace. Il peut aussi les aider à harmoniser leurs politiques environnementales sur les plans local et régional, à mettre en place un système d’alerte météorologique, à maintenir une capacité de production agricole minimale, à susciter une meilleure contribution des acteurs de la société civile aux problématiques environnementales communes. Le rôle de l’observatoire ainsi que son apport sont indéniables. On a pensé à inventer l’obligation de gestion concertée des ressources en eau souterraines partagées par plusieurs pays. Comme le Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS) aujourd’hui géré de manière collégiale par l’Algérie, la Tunisie et la Libye grâce à un mécanisme de concertation hébergé dans l’organisation.

Pourquoi l’OSS ne parvient-il pas à avoir plus de visibilité, eu égard à la pertinence de ses acquis et de ses apports à sa zone d’intervention ?
L’OSS est un animal bizarre. Les décideurs ont tendance à travailler avec les organismes qu’ils connaissent le mieux, comme la Banque mondiale, l’UMA ou la CEDEAO. Or l’OSS est très proche des préoccupations environnementales des pays du nord et du sud du Sahara. Il apporte des solutions aux préoccupations. Il peut apporter une expertise pertinente pour un certain nombre de questions. Par exemple: où installer une usine de désalinisation dans le Maghreb arabe. Il peut identifier le site idéal où l’usine en question serait la moins coûteuse et aurait le moins d’impact négatif.

Dossier réalisé par Zohra Abid
     
     
Observatoire du Sahara et du Sahel - Sahara and Sahel Observatory, Tunis, Tunisia © OSS 2007